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flyer aujourd'hui en compagnie du graphiste illustrateur Pierre Pernix, alias
Panix. Autant je pourrai vous raconter quelques trucs sur sa création, autant le monsieur est plutôt bavard, le mieux est donc de le laisser vous présenter son projet.
A quelle occasion a été réalisé ce flyer ?
"J'ai collaboré près d'un an avec Ocinatas Industries, micro-label indépendant animé par Nicolas Chauvelot. Avant chaque concert, Nicolas m'envoyait la liste des groupes et je devais préparer un flyer en noir et blanc qu'il puisse imprimer lui-même au format A5. Les exemples que je donne sont des versions couleurs "collector", en quelque sorte ;) L'occasion ne s'est pas présentée de les sortir en sérigraphie, mais je n'ai jamais perdu de vue cette possibilité, en anticipant la séparation en une, deux ou trois couleurs et en recourant pas mal aux aplats."
Quelles ont été tes inspirations ?
"En matière d'inspiration, il m'a évidemment paru indispensable de m'imprégner de la musique des formations programmées avant ou pendant le travail. Parfois, la musique amène des images, mais ce n'est pas systématique. D'autres fois, l'idée d'un dessin sort à peu près de nulle part, à un moment incongru, alors que l'écoute elle-même, ou le souvenir des groupes tels qu'on les a vus en live n'évoquent rien de particulier. On peut aussi ne pas avoir d'affinité avec la musique des groupes pour lesquels on réalise le flyer, mais heureusement ce n'est pas rédhibitoire !
De toutes façons, je m'efforçais de produire des images dépouillées, au contraire des patchworks baroques d'un Brian Cougar (http://briancougarartwork.tumblr.com/), par exemple. J'aime bien représenter des objets ou des éléments naturels, et j'évite de raconter une histoire et de faire figurer des personnages, comme c'est le cas chez Tanxxx (http://www.tanxx.com/). C'est plutôt l'inanimé qui m'intéresse. La chose brute. La sculpture. La nature morte, en quelque sorte. Je suis complétement partisan de l'adage "un dessin vaut mieux qu'un long discours" mais quand le dessin lui-même est un discours, ça ne m'intéresse plus. Pour la couverture du premier album de Think Kastendeuch, j'ai choisi de représenter un cactus, et juste un cactus, parce que c'est un objet intéressant à dessiner et surtout parce qu'il me paraîssait résumer à lui tout seul à la fois l'aridité et l'agressivité de leur musique. Finalement, pour dire cette émotion particulière de la musique noise et expérimentale dont l'abstrait et la dureté sont à des années lumière de l'émotion pop, j'avais juste besoin de trouver le bon objet. Si t'as l'objet, t'as le dessin. J'imagine que je ferais pareil avec la musique pop, d'ailleurs, mais je n'ai pas encore essayé ;)
Bon, le flyer en question avec le nageur n'est pas un très bon exemple, puisqu'il s'agit d'un personnage. A propos de cette illustration, il s'agit d'une citation d'un dessin que j'avais auparavant pour un des groupes programmés, John Jim and Jason, sur lequel j'avais représenté les trois membres du groupe en requins.
L'idée est de là, et je suis parti du requin pour arriver au nageur en danger dont la surface vide du bonnet offrait un bon support pour les noms des groupes. Tradition des posters rock américains dans lesquels les typos, écrites à la main, font partie intégrante de l'illustration. J'ai choisi de suivre cette voie et pour ce travail je me positionnais donc davantage comme illustrateur que comme graphiste. Si je dessinais les typos à la main, c'était aussi pour éviter à tout prix le rendu infographié dont je trouve qu'il est l'écueil de la plupart des flyers que tu vois aujourd'hui. Si tu sens l'ordinateur derrière, et à moins d'être dans un registre ouvertement techno, c'est foutu. Moi, je ne travaille qu'à l'ordinateur avec une tablette graphique, mais je fais tout pour que ça ne se voie pas..."
C'est toujours intéressant d'avoir un aperçu du processus de création des graphistes, ou du moins de comment ils visualisent les choses, bien que chacun ait sa propre conception. Par rapport à ce travail, on peut regretter que les flyers soient imprimés en noir et blanc, même si les couleurs restent limitées.
"Aujourd'hui je ne fais plus de flyer (même si Ocinatas Industries reste très actif en région parisienne) et j'ai adopté un style plus cartoon pour réaliser des dessins à destination de la presse et des blogs. C'est radicalement opposé, dans le sens où il s'agit justement de faire de l'anecdotique, de raconter des situations, mais c'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire. Je suis aussi graphiste web indépendant et dès que j'ai l'occasion de ressortir mes hachures pour embellir un design, je saute dessus."
Voilà ce à quoi ressemble le travail de Pierre aujourd'hui, c'est effectivement assez éloigné de ce qu'il a pu faire sur ce flyer, plus abstrait :
Merci Pierre pour toutes ces précisions !
MamzellePrint